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INSPECTION
DE PHILOSOPHIE
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LES INSTRUCTIONS OFFICIELLES DE
L’ENSEIGNEMENT
DE LA PHILOSOPHIE AU
SECONDAIRE AU BURKINA FASO
1. L’identification du contexte
2. Les finalités et objectifs de l’enseignement
de la philosophie
3. L’esprit de l’enseignement de la philosophie
4. La méthode d’enseignement de la philosophie
5. Le contenu d’enseignement de la philosophie
De façon générale, l’enseignement de la philosophie vise
à permettre aux élèves de faire l’apprentissage d’une réflexion libre et
critique en vue d’être des citoyens éclairés[1].
L’enseignement de la philosophie au secondaire doit initier les jeunes à
l’élaboration et au développement d’une pensée conceptuelle,
problématisante et soucieuse
d’argumenter.
L’enseignement de la philosophie au secondaire au
Burkina Faso s’étend sur trois années, de la classe de Seconde à celle de Terminale
.Toutes les séries sont concernées. Cet enseignement est essentiellement une
initiation des élèves à la réflexion philosophique.
Dans les classes de Seconde, il est axé sur l’histoire
de la philosophie en vue de donner aux apprenants une culture philosophique et
de leur faciliter l’accès à la lecture des auteurs.
Dans les classes de Première, l’accent sera mis sur
les différentes méthodologies de la dissertation et du commentaire de texte
philosophique, et de l’étude de quelques notions. Cette initiation
s’approfondit en Terminale par l’étude des notions, des œuvres d’auteurs, des extraits de texte et des questions au
choix. Cette initiation doit tenir compte de la psychologie de l’adolescent, du
niveau d’instruction et de la culture des élèves.
1. L’identification du contexte
Historiquement héritier du système éducatif français,
l’enseignement de la philosophie au Burkina Faso continue de perpétuer bien des
aspects de cette tradition d’enseignement philosophique.
D’un point de vue juridique, l’enseignement de la
philosophie trouve sa légitimité dans la Constitution du 2
juin 1991 et dans la Loi
d’Orientation de l’Education 013 /2007 /AN du 30 juillet 2007 et la
Lettre de Politique Educative (juillet 2008).
Ces différents textes insistent particulièrement sur
la formation de l’individu, l’homme burkinabè de demain orienté, pour ce faire, vers les idéaux de paix, de tolérance, d’amour
du prochain et de la Nation
burkinabè.
La philosophie et son enseignement en particulier,
dans le contexte général de l’éducation nationale, au secondaire, visent à
former un burkinabè responsable, soucieux de liberté et capable de réflexion
par l’exercice systématique et souverain de sa raison, lui permettant de comprendre ses
contemporains et de participer avec le même niveau de responsabilité et de
conscience à l’épanouissement de l’humanité.
La philosophie est par excellence la discipline
scolaire conçue et pratiquée à travers son enseignement systématique, formalisé
et non formalisé pour la liberté, la responsabilité et la capacité souveraine à
faire usage de sa raison.
Dans ce monde tumultueux et divers, où les défis
personnels, nationaux et internationaux sont aussi nombreux que complexes, la toute
première ressource à cultiver et à magnifier demeure, plus que jamais, l’homme dans
ses rapports avec soi-même, avec les autres et l’environnement tant social que
naturel. La philosophie et son enseignement constituent la principale voie pour
y parvenir : la sagesse humaine, cet art de se bien conduire dans la vie est la finalité de la philosophie tandis que
son enseignement sert de médiations conséquentes.
La position charnière de cet enseignement dans le
cursus scolaire au Burkina Faso tient non seulement à la spécificité intégrale
de ladite discipline mais aussi et
surtout, à l’étendue infinie de son champ d’investigation et à la noblesse de
sa finalité. Toutes les questions que se
pose l’homme, la concernent et sont toutes susceptibles de réflexion la plus
approfondie possible à la dimension de l’humanité fondamentale de l’individu.
Dès lors, on comprend l’urgence et la pertinence de la
relecture des programmes, leur
flexibilité (exigée de la philosophie elle-même) et l’exigence méthodologique de
leur enseignement. La finalité de l’enseignement de la philosophie étant non
seulement la connaissance des problèmes humains, en ce qu’ils ont comme rapport avec l’avenir
et le devenir de l’humanité, mais aussi et surtout la réalisation d’un homme libre, responsable et vertueux.
2.
Les finalités et objectifs de l’enseignement
de la philosophie
La philosophie, à l’instar des autres disciplines de l’enseignement
secondaire au Burkina Faso, concourt à la réalisation de la principale finalité
du système éducatif : le
développement intégral et harmonieux des jeunes burkinabè afin qu’ils soient
des citoyens responsables, producteurs et créatifs.
Mais l’enseignement de la philosophie comme discipline particulière
répond à des objectifs spécifiques dans l’enseignement secondaire que les
présentes instructions officielles précisent.
En rappel, l’enseignement de la philosophie au Burkina
Faso est de tradition française. C’est pourquoi, s’appuyant sur les
Instructions officielles françaises de 1925, l’inspecteur Dabiré Louis
(1944-2008)[2]
distingue entre des objectifs d’ordre intellectuel ou cognitif et des objectifs
d’ordre moral ou relevant du savoir-être. Cette distinction
reste d’actualité même s’il nous parait utile d´y ajouter le plan des
savoir-faire et de préciser qu’en ce qui concerne la philosophie, il y a une
hiérarchie entre ces trois plans. Les objectifs du plan des savoirs et des
savoir-faire ne sont que des moyens vers le plan moral ou du savoir-être qui
est donc le plus important pour l’enseignement de la philosophie. De plus pour
tenir compte de notre contexte socioculturel et aussi surtout pour insister sur
la nature propre de la philosophie, il faut souligner que le cours de
philosophie s’inscrit dans une perspective fondamentalement rationnelle :
une rationalité consciente de ses limites et de la multidimensionnalité de
l’homme.
Sur le plan intellectuel ou
cognitif, l’enseignement de
la philosophie vise à transmettre des
savoirs :
·
un
vocabulaire technique de la philosophie ;
·
une
connaissance des auteurs et doctrines philosophiques ;
·
une
connaissance de l’histoire de la philosophie ;
·
une
connaissance de l’état actuel des problèmes fondamentaux qui se posent à
l’humanité et les diverses propositions de solutions qu’elles soient rationnelles
ou non.
Sur le plan du savoir-faire, l’enseignement de la philosophie vise l’acquisition d’un certain
nombre d’habiletés à travers les exercices scolaires de la dissertation, du
commentaire et de l’explication de textes philosophiques :
· problématiser : identifier, poser ou
expliciter un problème ;
· conceptualiser : clarifier avec le plus
de rigueur et de précision les concepts ;
· argumenter : adopter une démarche
critique et objective sur un problème, trouver et organiser des arguments pour
y proposer une solution rationnelle et raisonnable.
Sur
le plan moral ou du savoir-être, l’enseignement de la philosophie vise à faire du jeune
burkinabè :
·
un homme éclairé
qui use de sa raison avec perspicacité et tolérance ;
·
un homme
libre et responsable, qui agit en toute autonomie, rationnellement et
raisonnablement ;
·
un homme
digne, conscient de sa condition
d’homme et qui l’assume aux plans individuel et collectif.
3. L’esprit de l’enseignement de la
philosophie
L’enseignement de la philosophie dans les
lycées au Burkina Faso consiste à faire du jeune burkinabé un citoyen responsable, producteur et créatif.
Cet enseignement joue cependant un rôle spécifique, dans la mesure où il
intervient au moment même où le jeune se trouve confronté aux choix qui
structureront sa vie d’adulte et de citoyen.
L’enseignement de la philosophie dans les
lycées au Burkina Faso s’inscrit dans cette finalité comme une contribution
spécifique de cette discipline à l’édification de ce profil d’homme.
Le système éducatif en attend énormément
car comme le stipulait l’UNESCO, la philosophie, « dans la mesure où elle
construit les outils intellectuels nécessaires à l’analyse et à la compréhension des concepts
essentiels de justice, de dignité, de liberté, où elle permet d’acquérir une
pensée et un jugement indépendant, où elle stimule l’esprit critique
nécessaire à la compréhension du monde et de ses enjeux, dans la mesure enfin
où elle favorise la réflexion sur les valeurs et les principes, la philosophie
est une école de liberté (…) à mettre au service de l’éducation…
L’initiation du plus grand public à la philosophie est essentielle au
développement d’une culture démocratique. Elle contribue à la formation de
citoyens libres par la formation d’un jugement autonome, le développement de
l’esprit critique, de la force d’argumentation, l’acceptation de la
contradiction, la soumission à la seule autorité de la raison. Son enseignement
est une école de la responsabilité, de la citoyenneté et donc indispensable à
l’enracinement de la démocratie »[3].
Enseigner la philosophie au secondaire au
Burkina Faso ne devrait pas consister à
donner des cours sur la philosophie, à encombrer les cahiers et les têtes des
élèves avec des connaissances philosophiques produites par le professeur où
d’autres philosophes auxquelles ils ne comprennent pas grand-chose. Enseigner
la philosophie au secondaire, c’est
apprendre aux lycéens à penser par
eux-mêmes une situation, à la problématiser, à la conceptualiser et à
argumenter leurs positions en s’appuyant sur des faits (exemples), des
réflexions (doctrines et théories). Le professeur de philosophie devrait
d’abord se convaincre que la philosophie n’est pas une matière de connaissance
à apprendre, mais un processus, une
méthode de pensée à acquérir et à
mettre en œuvre en situation.
Aussi œuvrera-t-il à faire prendre
conscience aux élèves que l’essence d’un discours philosophique réside dans son
aptitude à poser un problème et à s’élever
à un niveau universel de la réflexion. L’étude
des notions, des œuvres d’auteurs, des questions au choix, des méthodes de la dissertation
et du commentaire sont des occasions
qu’offre le programme à l’enseignant pour renforcer et évaluer le niveau
d’assimilation de ses compétences fondamentales du philosopher en mettant les élèves en
situation de pouvoir les déployer. Ainsi, l’enseignant devra se convaincre
qu’ils sont tous capables de philosopher
pour peu qu’il s’engage à leur apprendre avec patience à exercer leur jugement
de manière rigoureuse et critique.
Il ne devrait donc renoncer à soumettre pendant le cours les questions de
démographie, de responsabilité, de gestion du pouvoir politique, d’évolution
économique, de pratiques culturelles, bref, à convoquer les problèmes réels de leur cadre de
vie pour les entraîner à les analyser
sous la grille de la critique philosophique. Ce n’est point de la
subversion mais plutôt l’éducation à une analyse objective et rationnelle des
situations pour des attitudes responsables et dépassionnées. Ce n’est que dans
un tel esprit que l’enseignement de la philosophie apportera sa pierre
déterminante à la formation du citoyen.
4. La méthode d’enseignement de la
philosophie
La liberté est l’élément constitutif, fondamental de
l’enseignement de la philosophie. Par conséquent, le professeur de philosophie
est libre de sa méthode et des idées exposées en classe. Les référentiels
annexés aux programmes de philosophie dans ce contexte essaient de baliser un
minimum de contenu et peuvent être
organisés autrement par le professeur. Car le cours de philosophie, bien qu’il
soit personnel, ambitionne de parvenir à une certaine forme d’universalité.
L’ordre d’exposé ou de présentation des axes du cours dépend des problématiques posées qui orientent la
logique d’ensemble du cours. Cependant, la construction du cours relève
entièrement de la responsabilité du professeur.
Si la préférence méthodologique marquée doit être la prise de notes spontanée
par les élèves, il reste entendu que le cours dicté ou résumé est aussi une
possibilité offerte à l’enseignant eu égard à la rareté des documents dans les
établissements d’enseignement secondaire. Un tel résumé dicté devra être
précédé d’une séquence d’explication et d’échange sur le contenu.
La méthode socratique ou la maïeutique pourrait
valablement servir à initier les élèves à la philosophie. La maïeutique désigne
cet art d’accoucher les esprits, cette méthode par laquelle Socrate conduit la
recherche de la vérité par une pratique philosophique de l’interrogation. La
maïeutique permet à chacun des interlocuteurs, par le dialogue critique de
prendre conscience de leur potentiel théorique à actualiser.
Cependant, il ne faut pas oublier que cette méthode
comporte des exigences dont le respect est la condition de sa réussite. Elle
exige de la part du professeur des qualités ou des dispositions intellectuelles
telles que : la sobriété dans la parole, la précision et la concision dans
la pensée, la capacité à exploiter les apports ou les interventions des
apprenants afin, soit d’y apporter des réponses adéquates ou judicieuses, soit
de les prendre en compte dans la construction du cours.
Aussi, l’application de la méthode socratique suppose-t-elle
que le professeur fasse autorité et soit maître de sa classe. Par ailleurs, elle
est indiquée pour les classes à effectif réduit et nécessite la présence
d’élèves dynamiques, éveillés, motivés, participant aux cours et pouvant ainsi
susciter la participation des autres. A chaque professeur de philosophie de
savoir à quel moment, comment et dans quel contexte, mettre en œuvre la méthode socratique. L’essentiel est de
parvenir à faire participer efficacement les élèves au mouvement de la
construction du cours.
Pour une participation plus active et efficiente des
élèves, le professeur de philosophie peut user des proverbes, des dictons et
autres références de la sagesse africaine afin de mieux les aider à comprendre les
problèmes réels de leur cadre de vie. Les apprenants pourront d’eux-mêmes mesurer
l’ancrage du cours dans leur culture et leurs réalités quotidiennes.
L’enseignant de philosophie est invité à se référer aux réalités, aux pensées
africaines pour enrichir son
enseignement.
L’enseignant de philosophie doit se départir de tout
pédantisme, de tout discours incompréhensible pour les élèves. Son rôle est,
précisément, de les aider à comprendre, à saisir les théories ou les pensées
philosophiques qu’il expose. Pour cela, son discours doit être adapté au niveau
d’instruction ou de compréhension de ses élèves. Il faut donc éviter de tomber
dans le piège du langage trop abstrait qui
pourrait engendrer de l’ennui et du désintérêt chez les élèves. En tout état de
cause, l’enseignant se souciera de
rendre son cours vivant et participatif.
La philosophie dans nos établissements d’enseignement
secondaire est une discipline scolaire et une matière à enseigner. Cela ne doit
pas échapper à l’enseignant lors de ses prestations pédagogiques.
Il veillera à l’attention des élèves en faisant des
évaluations à mi-parcours qui permettent d’apporter des corrections, des remédiations
ou des précisions aux parties du cours qui n’auraient pas été comprises des
élèves. A travers les débats suscités par les questions ou les objections des
élèves, l’opportunité est donnée d’enrichir le cours.
L’évaluation formative doit donc être une
préoccupation constante du professeur de philosophie. Elle est régulatrice de
l’apprentissage et donne immédiatement à l’apprenant les critères de réussite.
Elle permet non seulement de situer les lacunes des apprenants et les moyens de
remédier à celles-ci, mais aussi les limites de la pratique pédagogique du
professeur de philosophie.
Le cours de philosophie doit être une séance
d’enseignement-apprentissage, ce qui suppose que la classe ne doit pas être
passive. Il doit être interactif, animé, par les élèves, sous le contrôle de
l’autorité bienveillante du professeur. Le professeur est invité dans ses
démarches pédagogiques à privilégier les méthodes actives. La finalité du cours
de philosophie est de permettre aux élèves d’"apprendre à philosopher", autrement dit d’apprendre
à penser par eux-mêmes la réalité du vécu humain et du monde. Réussir une telle
entreprise dans le milieu scolaire, suppose que le professeur de philosophie
développe à son propre niveau des vertus comme l’écoute, la patience, la
compréhension, la tolérance, l’intérêt pour le succès des élèves. Il devra donc
être disponible à écouter les questions comme les réponses souvent maladroites,
incompréhensibles, naïves des adolescents qu’il doit aider à grandir et mûrir
intellectuellement.
Le professeur de philosophie pourra ainsi tirer le meilleur parti des questions et des
réponses de ses élèves en s’interdisant d’écarter ou de décourager (par
l’indifférence, le mépris, le silence et le sarcasme) leurs efforts de
constructions, de réflexions personnelles. Pour réaliser donc un
enseignement-apprentissage performant de la philosophie, une relation
enseignant-enseigné saine est déterminante. En effet, l’enseignement est mieux
reçu et assimilé quand la prestation s’effectue dans un climat de collaboration, de confiance et de respect
mutuel. Seul un tel climat peut instaurer des échanges interpersonnels qui
développent à la fois la personnalité et le sens social des élèves. Par là,
l’enseignant de philosophie fait œuvre d’éducateur. Cette mission d’éducateur
est à prendre en compte dans sa pratique pédagogique quotidienne en réaffirmant
les valeurs de la société auprès des jeunes gens tout en les invitant à faire
preuve d’esprit critique dans le respect
de ces valeurs morales. Il doit faire preuve d’une éthique professionnelle
conséquente.
L’usage de manuels est autorisé en vue de la préparation du
cours. Mais il ne doit pas conduire le professeur à en être prisonnier. L’usage
des manuels s’explique d’abord, par l’absence de documentation aussi bien chez les élèves que chez les
professeurs ; ensuite, par les effectifs pléthoriques propres à nos
établissements d’enseignement secondaire. L’enseignant, pour réussir sa
mission, devra s’ouvrir aux différentes opportunités (manuels, documents
électroniques, etc.) d’enrichir ses prestations, sans jamais perdre de vue que
l’échange vivant et la discussion maîtrisée avec les élèves garantissent une
promotion "socratique" des apprentissages.
La simple remise de polycopié qui dispenserait
l’enseignant d’assumer son rôle pédagogique, ne saurait tenir lieu de cours de
philosophie. Par conséquent, une telle pratique (solution de facilité) est
interdite. L’usage de cours dactylographié ou saisi à l’ordinateur doit participer
d’une dynamique pédagogique dans laquelle priment l’interlocution et le débat.
Au cas où, l’enseignant expose sa pensée ex-professo,
il lui est vivement recommandé de veiller à ce que les élèves prennent des
notes. A cet effet, l’enseignant de philosophie doit initier, encourager, ses élèves à la prise de notes. Cette prise de
notes doit être effective, voire impérative au-delà du cours dicté,
c’est-à-dire pendant l’exposé oral. Dans cette initiation à la prise de notes,
il peut aider les élèves en les habituant à son élocution, son accent de la
parole, à son changement de débit, tantôt plus lent, tantôt plus rapide qui
mettraient en évidence l’essentiel développé dans son discours.
Le professeur de philosophie a également un devoir de
contrôle. Ce devoir doit le conduire à suivre constamment le travail des élèves
et à s’assurer de la bonne prise de notes. C’est donc dire que le contrôle est
une des fonctions pédagogiques les plus essentielles qui peut se faire pendant la trace écrite. Le
professeur de philosophie peut aussi, selon une certaine fréquence, prélever
quelques cahiers pour vérifier la conformité, la justesse des notes prises.
La lecture des œuvres philosophiques et littéraires,
des revues, des journaux, etc. est fondamentale et doit être considérée comme
le complément indispensable de l’enseignement. Ces lectures permettent
d’approfondir le contenu des notions déjà dispensées aux élèves. Le professeur
doit donc encourager les élèves à lire. Une bibliographie est nécessaire en ce
moment pour les orienter dans le choix de leurs lectures. L’enseignant pourrait
inviter les élèves à fréquenter les bibliothèques et les autres lieux qui
disposent de documentations appropriées pour leur assurer un éveil de
conscience. Il s’évertuera à développer chez les élèves le goût de l’étude et
de la recherche personnelles. Il leur donnera
un point de vue avisé sur le choix des lectures en privilégiant ce qui peut
être le plus utile et le plus assimilable.
A chaque début de cours, le professeur de philosophie,
à l’aide de questions judicieusement élaborées, s’assurera que le cours précédent
a été compris. Ces questions bien préparées doivent permettre aux élèves de
dégager les idées et les conclusions essentielles de la dernière séance et
susciter chez eux un dépassement du cours par des interrogations, des
objections, bref une réaction personnelle.
L’enseignement de la philosophie devrait faire une place aux exposés des élèves. Le
professeur décidera de leur opportunité, des thèmes à aborder et de leur
attribution à des sous- groupes d’élèves. Sur proposition des élèves, les
exposés pourraient porter sur une préoccupation, une lecture, une œuvre, un
thème d’actualité susceptible d’être objets d’échange.
Le professeur doit avoir le souci de faire varier en
classe les exercices. La discussion par exemple en portant sur une question
précise sur laquelle les élèves auront à réfléchir à l’avance, peut donner lieu,
le jour de son analyse, à des controverses où, chacun pourrait avoir un mot à
dire en défendant une position. Ainsi la discussion permet d’instaurer le débat
contradictoire en classe, d’accroître l’intérêt des élèves pour le cours de
philosophie. La parole est partagée et le professeur la distribue efficacement
à chaque intervenant en veillant à l’interpeller autant que possible par son
nom et prénom. Une interpellation des élèves par leurs noms contribue à les
motiver et les amène à se sentir valorisés et concernés par le cours.
Les dissertations philosophiques portent sur des
sujets dont l’analyse permet aux élèves d’utiliser les connaissances du cours
sous un aspect nouveau. Les sujets ne sont guère appropriés à une reproduction
littérale, mécanique des notions abordées en classe. Une dissertation
philosophique n’est pas la récitation d’un cours ou d’une partie du cours. Le
sujet de dissertation philosophique pose un "problème" et sa
résolution exige l’intervention de la réflexion personnelle qui ne saurait
signifier soliloque, mais dialogue
vivant avec les pensées des autres, avec les autres dans la pensée. La
dissertation philosophique est véritablement une œuvre de construction, un
travail d’élaboration des idées en vue de les exposer avec ordre dans le souci de convaincre. Elle permet de
mesurer l’intelligence de l’élève.
Aussi, au vu de sa complexité, de ses exigences, elle doit être adaptée au
niveau de maturité d’esprit des élèves.
Le contexte d’enseignement de la philosophie au
Burkina Faso amène à initier
progressivement les élèves aux techniques de l’argumentation philosophique dès les
classes de Seconde. Par conséquent, à travers cet enseignement, le professeur
doit conduire les élèves à :
-
s’exercer
à la technique de lecture des textes philosophiques et à se former ainsi à
l’histoire de la philosophie. Ces textes, prétextes à l’apprentissage du
philosopher, doivent être accompagnés d’une grille de lecture contenant des
questions telles que : définir le sens des termes difficiles, situer
l’auteur (siècle, courant philosophique, idées, œuvres), repérer le thème du
texte, identifier la question à laquelle l’auteur répond, repérer la thèse de
l’auteur, les grandes lignes de l’argumentation du texte, etc. ;
-
s’approprier
les techniques de la dissertation et du commentaire de texte philosophique.
Cette appropriation passe par l’initiation à l’art d’argumenter (en insistant
sur les jeux de rôles) et aux formes du raisonnement (la déduction,
l’induction, l’analogie). Des exigences comme la rigueur, la démonstration, le
sens de la progression dans l’argumentation et des références ou des illustrations
doivent être maîtrisées par les élèves. Ils seront initiés à la dissertation et
au commentaire de texte de façon progressive, en présentant d’abord les étapes
de l’introduction, ensuite, les exigences du développement, enfin les étapes de
la conclusion.
Au cours de cet apprentissage de la rédaction de la
dissertation et du commentaire de texte philosophique, le professeur de
philosophie a un devoir de correction de la langue des élèves. Il veillera à
aider les élèves à s’exprimer de façon correcte, précise et rigoureuse.
En fonction de l’évolution du système éducatif
burkinabè, le professeur de philosophie est convié à appliquer les nouvelles
méthodes pédagogiques en vigueur en tenant compte de la spécificité de sa
discipline. Il veillera au respect strict de toutes les
recommandations, des instructions, de tous les consensus dégagés lors des
séminaires de formation. Ainsi, sur le plan de l’évaluation, il veillera à
l’application effective des grilles d’évaluation consensuellement élaborées,
adoptées et validées lors des séminaires – ateliers nationaux aussi bien pour
le commentaire que pour la dissertation et pour toutes les séries. De façon
pratique, il optera pour les annotations de type descriptif (au détriment des
types évaluatifs et émotifs) afin d’accompagner les corrections individuelles
de notes remédiatives permettant aux élèves d’avoir un bras de levier pour une
progression qualitative. Ces annotations individuelles seront renforcées par
une correction collective organisée avec toute la classe .Tous les sujets seront repris et corrigés ; enseignant
et élèves en tireront toutes les leçons. C’est dire que l’enseignant inscrira
toutes ses démarches pédagogiques dans l’esprit de l’évaluation formative à
défaut de sa prise en charge totale et entière.
5.
Le contenu d’enseignement de la philosophie
Les programmes sont assez explicites pour ce qui
concerne le contenu de l’enseignement philosophique. Toutefois, quelques
observations paraissent utiles et nécessaires.
Ainsi, il faut le rappeler, le programme de
philosophie comporte une liste de
notions dont l’étude est déterminée par des problèmes philosophiques à
l’initiative de chaque professeur. La liste des notions est présentée sous
trois rubriques : « l’Homme et le monde », « la Connaissance et la
raison », « la Pratique et les
fins ». Il convient de préciser que ces
notions, pas plus que les associations de notions ne constituent
obligatoirement, dans l’économie du cours élaboré par le professeur, des têtes
de chapitres. Car l’idée de chapitre renvoie à un savoir déterminé,
relativement autonome et clos sur lui-même. En philosophie, les notions ne
correspondent pas à des parties séparables les unes des autres mais, au
contraire, elles sont toutes étroitement liées et leur solidarité apparaît dans
les problèmes qu’elles soulèvent.
Les notions des différents
programmes sont accompagnées d’une liste de déterminations en termes de
référentiels. Toute notion, on le sait, renvoie à un problème et il appartient
au professeur de faire comprendre à l’élève le caractère profondément
problématique de chaque notion. Le choix du problème doit tenir compte de la
liste de déterminations. Quant à la formulation de ce problème, elle relève de
la liberté du professeur. Ces éléments de repérages visent à permettre un
meilleur ajustement du cours par un
contenu minimum exigible, objet d’une évaluation plus équitable.
Quant aux questions d’approfondissement au choix,
elles correspondent chacune à un ensemble structuré de problèmes ancrés dans
les traditions philosophiques, et qui participent du processus par lequel le
monde contemporain prend conscience de lui-même et des interrogations qu’il
suscite. Elles doivent permettre un approfondissement de la réflexion critique. C’est à partir de ces questions, que
le professeur peut faire la démonstration qu’une culture philosophique permet
non seulement d’apporter un « éclairage », parmi d’autres, sur tel ou
tel type d’interrogation suscité par le monde contemporain, mais constitue une voie rationnelle sur
laquelle il est possible d’aborder ces interrogations de façon « éclairée »,
c'est-à-dire en réduisant le poids des préjugés de toutes sortes.
La liste des questions ne prescrit aucun ordre de
traitement, ni n’exclut que le cours s’organise, en partie ou en totalité,
selon d’autres regroupements de problèmes. Aussi, est-il tout à fait concevable
que telle ou telle de ces questions, qui définissent des directions
d’approfondissement sans prescrire la substance de l’enseignement
philosophique, ne donne pas lieu à un traitement thématique, mais plutôt soit
prise en considération de façon différenciée à divers moments du travail
pédagogique en classe. Simplement,
l’organisation du cours, qui relève de la liberté et de l’initiative du
professeur, devra aussi manifester la spécificité de chacune des questions
inscrites au programme et faire en sorte que l’apprentissage d’une réflexion
philosophique autonome et critique permette à l’élève de s’orienter dans ces
domaines de pensée.
La liste des auteurs détermine l’ensemble d’où
pourraient être tirés les textes d’études et ceux proposés à l’écrit du
baccalauréat. L’étude de ces œuvres,
dont le choix est laissé à l’appréciation du professeur, peut être conçue comme
un approfondissement de telle ou telle partie du cours en rapport avec les
notions et les questions figurant au programme.
Les divers éléments du
programme (les notions accompagnées de référentiels, les questions
d’approfondissement au choix, les auteurs, les
techniques de dissertation et de commentaire de texte philosophique)
sont ainsi conçus comme définissant un cadre général à l’intérieur duquel le
professeur possède l’entière liberté du choix des modalités de construction et
d’organisation de son cours en fonction des besoins philosophiques de son enseignement. Cette liberté essentielle du professeur se
trouve également réaffirmée et garantie par l’option consensuelle qui a été
prise de donner des référentiels à la matière de l’enseignement philosophique.
Autrement, cette structure n’invite nullement à faire de ces différentes dimensions du programme
autant de parties du cours requérant d’être traitées isolement. Ce principe qui
montre l’unité du programme de philosophie doit aussi prévaloir pour la
détermination des sujets d’examen.
[1] Selon Anatole De Monzie, dans les Instructions du 2 septembre 1925 de la France, l’enseignement de
la philosophie rend un double service :
« D’une
part, il permet aux jeunes gens de mieux saisir, par cet effort intellectuel
d’un genre nouveau, la portée et la valeur des études mêmes, scientifiques et
littéraires, qui les ont occupés jusque là, et d’en opérer en quelque sorte la
synthèse. D’autre part, au moment où ils vont quitter le lycée pour entrer dans
la vie, et, d’abord, se préparer par des études spéciales à des professions
diverses, il est bon qu’ils soient armés d’une méthode de réflexion et de
quelques principes généraux de vie intellectuelle et morale qui les soutiennent
dans cette existence nouvelle, qui fassent d’eux des hommes de métier capables
d’exercer le jugement éclairé et indépendant que requiert notre société
démocratique ».
[3]Document préparatoire de la 171ème session du conseil
exécutif de l’UNESCO, printemps 2005, p.4.
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