mercredi 18 mars 2015

LES INSTRUCTIONS OFFICIELLES DE L’ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE AU SECONDAIRE AU BURKINA FASO

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INSPECTION DE PHILOSOPHIE
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LES INSTRUCTIONS OFFICIELLES DE L’ENSEIGNEMENT
 DE LA PHILOSOPHIE   AU SECONDAIRE  AU BURKINA FASO



1.     L’identification du contexte


2.     Les finalités et objectifs de l’enseignement de la philosophie


3.     L’esprit de l’enseignement de la philosophie


4.     La méthode d’enseignement de la philosophie


5.     Le contenu d’enseignement de la philosophie










De façon générale, l’enseignement de la philosophie vise à permettre aux élèves de faire l’apprentissage d’une réflexion libre et critique en vue d’être des citoyens éclairés[1]. L’enseignement de la philosophie au secondaire doit initier les jeunes à l’élaboration et au développement d’une pensée conceptuelle, problématisante  et soucieuse d’argumenter.

L’enseignement de la philosophie au secondaire au Burkina Faso s’étend sur trois années, de la classe de Seconde à celle de Terminale .Toutes les séries sont concernées. Cet enseignement est essentiellement une initiation des élèves à la réflexion philosophique.

Dans les classes de Seconde, il est axé sur l’histoire de la philosophie en vue de donner aux apprenants une culture philosophique et de leur faciliter l’accès à la lecture des auteurs.

Dans les classes de Première, l’accent sera mis sur les différentes méthodologies de la dissertation et du commentaire de texte philosophique, et de l’étude de quelques notions. Cette initiation s’approfondit en Terminale par l’étude des notions, des œuvres d’auteurs,  des extraits de texte et des questions au choix. Cette initiation doit tenir compte de la psychologie de l’adolescent, du niveau d’instruction et de la culture des élèves.

1.  L’identification du contexte

Historiquement héritier du système éducatif français, l’enseignement de la philosophie au Burkina Faso continue de perpétuer bien des aspects de cette tradition d’enseignement philosophique.

D’un point de vue juridique, l’enseignement de la philosophie trouve sa légitimité dans la Constitution du 2 juin 1991 et dans la Loi d’Orientation de l’Education 013 /2007 /AN du 30 juillet 2007 et  la Lettre de Politique Educative (juillet 2008).

Ces différents textes insistent particulièrement sur la formation de l’individu, l’homme burkinabè de demain orienté,  pour ce faire,  vers les idéaux de paix, de tolérance, d’amour du prochain et de la Nation burkinabè.
La philosophie et son enseignement en particulier, dans le contexte général de l’éducation nationale, au secondaire, visent à former un burkinabè responsable, soucieux de liberté et capable de réflexion par l’exercice systématique et souverain de sa raison,  lui permettant de comprendre ses contemporains et de participer avec le même niveau de responsabilité et de conscience à l’épanouissement de l’humanité.

La philosophie est par excellence la discipline scolaire conçue et pratiquée à travers son enseignement systématique, formalisé et non formalisé pour la liberté, la responsabilité et la capacité souveraine à faire usage de sa raison.

Dans ce monde tumultueux et divers, où les défis personnels, nationaux et internationaux sont aussi nombreux que complexes, la toute première ressource à cultiver et à magnifier demeure, plus que jamais, l’homme dans ses rapports avec soi-même, avec les autres et l’environnement tant social que naturel. La philosophie et son enseignement constituent la principale voie pour y parvenir : la sagesse humaine, cet art de se bien conduire dans la vie  est la finalité de la philosophie tandis que son enseignement sert de médiations conséquentes.

La position charnière de cet enseignement dans le cursus scolaire au Burkina Faso tient non seulement à la spécificité intégrale de ladite  discipline mais aussi et surtout, à l’étendue infinie de son champ d’investigation et à la noblesse de sa finalité. Toutes les questions  que se pose l’homme, la concernent et sont toutes susceptibles de réflexion la plus approfondie possible à la dimension de l’humanité fondamentale de l’individu.

Dès lors, on comprend l’urgence et la pertinence de la relecture des programmes,  leur flexibilité (exigée de la philosophie elle-même) et l’exigence méthodologique de leur enseignement. La finalité de l’enseignement de la philosophie étant non seulement la connaissance des problèmes humains,  en ce qu’ils ont comme rapport avec l’avenir et le devenir de l’humanité, mais aussi et surtout la réalisation  d’un homme libre, responsable et vertueux.


2.   Les finalités et objectifs de l’enseignement de la philosophie

La philosophie, à l’instar des autres disciplines de l’enseignement secondaire au Burkina Faso, concourt à la réalisation de la principale finalité du système éducatif : le développement intégral et harmonieux des jeunes burkinabè afin qu’ils soient des citoyens responsables, producteurs et créatifs.

Mais l’enseignement de la philosophie comme discipline particulière répond à des objectifs spécifiques dans l’enseignement secondaire que les présentes instructions officielles précisent.

En rappel, l’enseignement de la philosophie au Burkina Faso est de tradition française. C’est pourquoi, s’appuyant sur les Instructions officielles françaises de 1925, l’inspecteur Dabiré Louis (1944-2008)[2] distingue  entre des objectifs d’ordre  intellectuel ou cognitif et des objectifs d’ordre  moral ou  relevant du savoir-être. Cette distinction reste d’actualité même s’il nous parait utile d´y ajouter le plan des savoir-faire et de préciser qu’en ce qui concerne la philosophie, il y a une hiérarchie entre ces trois plans. Les objectifs du plan des savoirs et des savoir-faire ne sont que des moyens vers le plan moral ou du savoir-être qui est donc le plus important pour l’enseignement de la philosophie. De plus pour tenir compte de notre contexte socioculturel et aussi surtout pour insister sur la nature propre de la philosophie, il faut souligner que le cours de philosophie s’inscrit dans une perspective fondamentalement rationnelle : une rationalité consciente de ses limites et de la multidimensionnalité de l’homme.

Sur le plan intellectuel ou cognitif, l’enseignement de la  philosophie vise à transmettre des savoirs :

·        un vocabulaire technique de la philosophie ;
·        une connaissance des auteurs et doctrines philosophiques ; 
·        une connaissance de l’histoire de la philosophie ;
·        une connaissance de l’état actuel des problèmes fondamentaux qui se posent à l’humanité et les diverses propositions de solutions qu’elles soient rationnelles ou non.

Sur le plan du savoir-faire, l’enseignement de la  philosophie vise l’acquisition d’un certain nombre d’habiletés à travers les exercices scolaires de la dissertation, du commentaire et de l’explication de textes  philosophiques :

·       problématiser : identifier, poser ou expliciter un problème ;

·      conceptualiser : clarifier avec le plus de rigueur et de précision les concepts ;

·      argumenter : adopter une démarche critique et objective sur un problème, trouver et organiser des arguments pour y proposer une solution rationnelle et raisonnable.

Sur le  plan moral ou du savoir-être, l’enseignement de la  philosophie vise à faire du jeune burkinabè :

·        un homme éclairé qui use de sa raison avec perspicacité et tolérance ;

·        un homme libre et responsable, qui agit en toute autonomie, rationnellement et raisonnablement ;

·        un homme digne, conscient de sa condition d’homme et qui l’assume aux  plans  individuel et collectif.


3.   L’esprit de l’enseignement de la philosophie

L’enseignement de la philosophie dans les lycées au Burkina Faso consiste à faire du jeune burkinabé un citoyen responsable, producteur et créatif. Cet enseignement joue cependant un rôle spécifique, dans la mesure où il intervient au moment même où le jeune se trouve confronté aux choix qui structureront sa vie d’adulte et de citoyen.

L’enseignement de la philosophie dans les lycées au Burkina Faso s’inscrit dans cette finalité comme une contribution spécifique de cette discipline à l’édification de ce profil d’homme.

Le système éducatif en attend énormément car comme le stipulait l’UNESCO, la philosophie, « dans la mesure où elle construit les outils intellectuels nécessaires  à l’analyse et à la compréhension des concepts essentiels de justice, de dignité, de liberté, où elle permet d’acquérir une pensée et un jugement indépendant, où  elle stimule l’esprit critique nécessaire à la compréhension du monde et de ses enjeux, dans la mesure enfin où elle favorise la réflexion sur les valeurs et les principes, la philosophie est une école de liberté (…) à mettre au service de l’éducation…  L’initiation du plus grand public à la philosophie est essentielle au développement d’une culture démocratique. Elle contribue à la formation de citoyens libres par la formation d’un jugement autonome, le développement de l’esprit critique, de la force d’argumentation, l’acceptation de la contradiction, la soumission à la seule autorité de la raison. Son enseignement est une école de la responsabilité, de la citoyenneté et donc indispensable à l’enracinement de la démocratie »[3].

Enseigner la philosophie au secondaire au Burkina Faso  ne devrait pas consister à donner des cours sur la philosophie, à encombrer les cahiers et les têtes des élèves avec des connaissances philosophiques produites par le professeur où d’autres philosophes auxquelles ils ne comprennent pas grand-chose. Enseigner la philosophie au secondaire,  c’est apprendre aux  lycéens à penser par eux-mêmes une situation, à la problématiser, à la conceptualiser et à argumenter leurs positions en s’appuyant sur des faits (exemples), des réflexions (doctrines et théories). Le professeur de philosophie devrait d’abord se convaincre que la philosophie n’est pas une matière de connaissance à apprendre, mais un processus,  une méthode de pensée  à acquérir et  à mettre en œuvre en situation.

Aussi œuvrera-t-il à faire prendre conscience aux élèves que l’essence d’un discours philosophique réside dans son aptitude  à poser un problème et à s’élever  à un niveau universel de la réflexion. L’étude des notions, des œuvres d’auteurs, des questions au choix, des méthodes de la dissertation et du commentaire sont  des occasions qu’offre le programme à l’enseignant pour renforcer et évaluer le niveau d’assimilation de ses compétences fondamentales  du philosopher en mettant les élèves en situation de pouvoir les déployer. Ainsi, l’enseignant devra se convaincre qu’ils sont tous capables  de philosopher pour peu qu’il s’engage à leur apprendre avec patience à exercer leur jugement de manière rigoureuse et critique.

Il ne devrait donc renoncer à  soumettre pendant le cours les questions de démographie, de responsabilité, de gestion du pouvoir politique, d’évolution économique, de pratiques culturelles, bref, à  convoquer les problèmes réels de leur cadre de vie  pour les entraîner à les analyser sous la grille de la critique philosophique.  Ce n’est point de la subversion mais plutôt l’éducation à une analyse objective et rationnelle des situations pour des attitudes responsables et dépassionnées. Ce n’est que dans un tel esprit que l’enseignement de la philosophie apportera sa pierre déterminante à la formation du citoyen.


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    4. La méthode d’enseignement de la philosophie

La liberté est l’élément constitutif, fondamental de l’enseignement de la philosophie. Par conséquent, le professeur de philosophie est libre de sa méthode et des idées exposées en classe. Les référentiels annexés aux programmes de philosophie dans ce contexte essaient de baliser un minimum  de contenu et peuvent être organisés autrement par le professeur. Car le cours de philosophie, bien qu’il soit personnel, ambitionne de parvenir à une certaine forme d’universalité. L’ordre d’exposé ou de présentation des axes du cours dépend  des problématiques posées qui orientent la logique d’ensemble du cours. Cependant, la construction du cours relève entièrement de la responsabilité du professeur.

Si la préférence méthodologique  marquée doit être la prise de notes spontanée par les élèves, il reste entendu que le cours dicté ou résumé est aussi une possibilité offerte à l’enseignant eu égard à la rareté des documents dans les établissements d’enseignement secondaire. Un tel résumé dicté devra être précédé d’une séquence d’explication et d’échange sur le contenu.

La méthode socratique ou la maïeutique pourrait valablement servir à initier les élèves à la philosophie. La maïeutique désigne cet art d’accoucher les esprits, cette méthode par laquelle Socrate conduit la recherche de la vérité par une pratique philosophique de l’interrogation. La maïeutique permet à chacun des interlocuteurs, par le dialogue critique de prendre conscience de leur potentiel théorique à actualiser. 

Cependant, il ne faut pas oublier que cette méthode comporte des exigences dont le respect est la condition de sa réussite. Elle exige de la part du professeur des qualités ou des dispositions intellectuelles telles que : la sobriété dans la parole, la précision et la concision dans la pensée, la capacité à exploiter les apports ou les interventions des apprenants afin, soit d’y apporter des réponses adéquates ou judicieuses, soit de les prendre en compte dans la construction du cours.

Aussi, l’application de la méthode socratique suppose-t-elle que le professeur fasse autorité et soit maître de sa classe. Par ailleurs, elle est indiquée pour les classes à effectif réduit et nécessite la présence d’élèves dynamiques, éveillés, motivés, participant aux cours et pouvant ainsi susciter la participation des autres. A chaque professeur de philosophie de savoir à quel moment, comment et dans quel contexte, mettre en œuvre  la méthode socratique. L’essentiel est de parvenir à faire participer efficacement les élèves au mouvement de la construction du cours.

Pour une participation plus active et efficiente des élèves, le professeur de philosophie peut user des proverbes, des dictons et autres références de la sagesse africaine  afin de mieux les aider à comprendre les problèmes réels de leur cadre de vie. Les apprenants pourront d’eux-mêmes mesurer l’ancrage du cours dans leur culture et leurs réalités quotidiennes. L’enseignant de philosophie est invité à se référer aux réalités, aux pensées africaines pour enrichir son  enseignement.

L’enseignant de philosophie doit se départir de tout pédantisme, de tout discours incompréhensible pour les élèves. Son rôle est, précisément, de les aider à comprendre, à saisir les théories ou les pensées philosophiques qu’il expose. Pour cela, son discours doit être adapté au niveau d’instruction ou de compréhension de ses élèves. Il faut donc éviter de tomber dans le piège du langage trop abstrait qui pourrait engendrer de l’ennui et du désintérêt chez les élèves. En tout état de cause, l’enseignant se souciera de  rendre son cours vivant et participatif.

La philosophie dans nos établissements d’enseignement secondaire est une discipline scolaire et une matière à enseigner. Cela ne doit pas échapper à l’enseignant lors de ses prestations pédagogiques.

Il veillera à  l’attention des élèves en faisant des évaluations à mi-parcours qui permettent d’apporter des corrections, des remédiations ou des précisions aux parties du cours qui n’auraient pas été comprises des élèves. A travers les débats suscités par les questions ou les objections des élèves, l’opportunité est donnée d’enrichir le cours.

L’évaluation formative doit donc être une préoccupation constante du professeur de philosophie. Elle est régulatrice de l’apprentissage et donne immédiatement à l’apprenant les critères de réussite. Elle permet non seulement de situer les lacunes des apprenants et les moyens de remédier à celles-ci, mais aussi les limites de la pratique pédagogique du professeur de philosophie.

Le cours de philosophie doit être une séance d’enseignement-apprentissage, ce qui suppose que la classe ne doit pas être passive. Il doit être interactif, animé, par les élèves, sous le contrôle de l’autorité bienveillante du professeur. Le professeur est invité dans ses démarches pédagogiques à privilégier les méthodes actives. La finalité du cours de philosophie est de permettre aux élèves d’"apprendre à philosopher", autrement dit d’apprendre à penser par eux-mêmes la réalité du vécu humain et du monde. Réussir une telle entreprise dans le milieu scolaire, suppose que le professeur de philosophie développe à son propre niveau des vertus comme l’écoute, la patience, la compréhension, la tolérance, l’intérêt pour le succès des élèves. Il devra donc être disponible à écouter les questions comme les réponses souvent maladroites, incompréhensibles, naïves des adolescents qu’il doit aider à grandir et mûrir intellectuellement.

Le professeur de philosophie pourra ainsi tirer  le meilleur parti des questions et des réponses de ses élèves en s’interdisant d’écarter ou de décourager (par l’indifférence, le mépris, le silence et le sarcasme) leurs efforts de constructions, de réflexions personnelles. Pour réaliser donc un enseignement-apprentissage performant de la philosophie, une relation enseignant-enseigné saine est déterminante. En effet, l’enseignement est mieux reçu et assimilé quand la prestation s’effectue dans un climat  de collaboration, de confiance et de respect mutuel. Seul un tel climat peut instaurer des échanges interpersonnels qui développent à la fois la personnalité et le sens social des élèves. Par là, l’enseignant de philosophie fait œuvre d’éducateur. Cette mission d’éducateur est à prendre en compte dans sa pratique pédagogique quotidienne en réaffirmant les valeurs de la société auprès des jeunes gens tout en les invitant à faire preuve d’esprit critique dans le  respect de ces valeurs morales. Il doit faire preuve d’une éthique professionnelle conséquente.
L’usage de  manuels  est autorisé en vue de la préparation du cours. Mais il ne doit pas conduire le professeur à en être prisonnier. L’usage des manuels s’explique d’abord, par l’absence de documentation  aussi bien chez les élèves que chez les professeurs ; ensuite, par les effectifs pléthoriques propres à nos établissements d’enseignement secondaire. L’enseignant, pour réussir sa mission, devra s’ouvrir aux différentes opportunités (manuels, documents électroniques, etc.) d’enrichir ses prestations, sans jamais perdre de vue que l’échange vivant et la discussion maîtrisée avec les élèves garantissent une promotion "socratique" des apprentissages.

La simple remise de polycopié qui dispenserait l’enseignant d’assumer son rôle pédagogique, ne saurait tenir lieu de cours de philosophie. Par conséquent, une telle pratique (solution de facilité) est interdite. L’usage de cours dactylographié ou saisi à l’ordinateur doit participer d’une dynamique pédagogique dans laquelle priment l’interlocution et le débat.

Au cas où, l’enseignant expose sa pensée ex-professo, il lui est vivement recommandé de veiller à ce que les élèves prennent des notes. A cet effet, l’enseignant de philosophie doit initier, encourager, ses  élèves à la prise de notes. Cette prise de notes doit être effective, voire impérative au-delà du cours dicté, c’est-à-dire pendant l’exposé oral. Dans cette initiation à la prise de notes, il peut aider les élèves en les habituant à son élocution, son accent de la parole, à son changement de débit, tantôt plus lent, tantôt plus rapide qui mettraient en évidence l’essentiel développé dans son discours.

Le professeur de philosophie a également un devoir de contrôle. Ce devoir doit le conduire à suivre constamment le travail des élèves et à s’assurer de la bonne prise de notes. C’est donc dire que le contrôle est une des fonctions pédagogiques les plus essentielles qui  peut se faire pendant la trace écrite. Le professeur de philosophie peut aussi, selon une certaine fréquence, prélever quelques cahiers pour vérifier la conformité, la justesse des notes prises.

La lecture des œuvres philosophiques et littéraires, des revues, des journaux, etc. est fondamentale et doit être considérée comme le complément indispensable de l’enseignement. Ces lectures permettent d’approfondir le contenu des notions déjà dispensées aux élèves. Le professeur doit donc encourager les élèves à lire. Une bibliographie est nécessaire en ce moment pour les orienter dans le choix de leurs lectures. L’enseignant pourrait inviter les élèves à fréquenter les bibliothèques et les autres lieux qui disposent de documentations appropriées pour leur assurer un éveil de conscience. Il s’évertuera à développer chez les élèves le goût de l’étude et de la recherche personnelles. Il  leur donnera un point de vue avisé sur le choix des lectures en privilégiant ce qui peut être le plus utile et le plus assimilable.

A chaque début de cours, le professeur de philosophie, à l’aide de questions judicieusement élaborées, s’assurera que le cours précédent a été compris. Ces questions bien préparées doivent permettre aux élèves de dégager les idées et les conclusions essentielles de la dernière séance et susciter chez eux un dépassement du cours par des interrogations, des objections, bref une réaction personnelle.

L’enseignement de la philosophie devrait  faire une place aux exposés des élèves. Le professeur décidera de leur opportunité, des thèmes à aborder et de leur attribution à des sous- groupes d’élèves. Sur proposition des élèves, les exposés pourraient porter sur une préoccupation, une lecture, une œuvre, un thème d’actualité susceptible d’être objets d’échange.

Le professeur doit avoir le souci de faire varier en classe les exercices. La discussion par exemple en portant sur une question précise sur laquelle les élèves auront à réfléchir à l’avance, peut donner lieu, le jour de son analyse, à des controverses où, chacun pourrait avoir un mot à dire en défendant une position. Ainsi la discussion permet d’instaurer le débat contradictoire en classe, d’accroître l’intérêt des élèves pour le cours de philosophie. La parole est partagée et le professeur la distribue efficacement à chaque intervenant en veillant à l’interpeller autant que possible par son nom et prénom. Une interpellation des élèves par leurs noms contribue à les motiver et les amène à se sentir valorisés et concernés par le cours.

Les dissertations philosophiques portent sur des sujets dont l’analyse permet aux élèves d’utiliser les connaissances du cours sous un aspect nouveau. Les sujets ne sont guère appropriés à une reproduction littérale, mécanique des notions abordées en classe. Une dissertation philosophique n’est pas la récitation d’un cours ou d’une partie du cours. Le sujet de dissertation philosophique pose un "problème" et sa résolution exige l’intervention de la réflexion personnelle qui ne saurait signifier  soliloque, mais dialogue vivant avec les pensées des autres, avec les autres dans la pensée. La dissertation philosophique est véritablement une œuvre de construction, un travail d’élaboration des idées en vue de les exposer avec ordre  dans le souci de convaincre. Elle permet de mesurer  l’intelligence de l’élève. Aussi, au vu de sa complexité, de ses exigences, elle doit être adaptée au niveau de maturité d’esprit des  élèves.

Le contexte d’enseignement de la philosophie au Burkina Faso  amène à initier progressivement les élèves aux techniques de l’argumentation philosophique dès les classes de Seconde. Par conséquent, à travers cet enseignement, le professeur doit conduire les élèves à :

-         s’exercer à la technique de lecture des textes philosophiques et à se former ainsi à l’histoire de la philosophie. Ces textes, prétextes à l’apprentissage du philosopher, doivent être accompagnés d’une grille de lecture contenant des questions telles que : définir le sens des termes difficiles, situer l’auteur (siècle, courant philosophique, idées, œuvres), repérer le thème du texte, identifier la question à laquelle l’auteur répond, repérer la thèse de l’auteur, les grandes lignes de l’argumentation du texte, etc. ;

-         s’approprier les techniques de la dissertation et du commentaire de texte philosophique. Cette appropriation passe par l’initiation à l’art d’argumenter (en insistant sur les jeux de rôles) et aux formes du raisonnement (la déduction, l’induction, l’analogie). Des exigences comme la rigueur, la démonstration, le sens de la progression dans l’argumentation et des références ou des illustrations doivent être maîtrisées par les élèves. Ils seront initiés à la dissertation et au commentaire de texte de façon progressive, en présentant d’abord les étapes de l’introduction, ensuite, les exigences du développement, enfin les étapes de la conclusion.

Au cours de cet apprentissage de la rédaction de la dissertation et du commentaire de texte philosophique, le professeur de philosophie a un devoir de correction de la langue des élèves. Il veillera à aider les élèves à s’exprimer de façon correcte, précise et rigoureuse.

En fonction de l’évolution du système éducatif burkinabè, le professeur de philosophie est convié à appliquer les nouvelles méthodes pédagogiques en vigueur en tenant compte de la spécificité de sa discipline. Il  veillera  au respect strict de toutes les recommandations, des instructions, de tous les consensus dégagés lors des séminaires de formation. Ainsi, sur le plan de l’évaluation, il veillera à l’application effective des grilles d’évaluation consensuellement élaborées, adoptées et validées lors des séminaires – ateliers nationaux aussi bien pour le commentaire que pour la dissertation et pour toutes les séries. De façon pratique, il optera pour les annotations de type descriptif (au détriment des types évaluatifs et émotifs) afin d’accompagner les corrections individuelles de notes remédiatives permettant aux élèves d’avoir un bras de levier pour une progression qualitative. Ces annotations individuelles seront renforcées par une correction collective organisée avec toute la classe .Tous  les sujets seront repris et corrigés ; enseignant et élèves en tireront toutes les leçons. C’est dire que l’enseignant inscrira toutes ses démarches pédagogiques dans l’esprit de l’évaluation formative à défaut de sa prise en charge totale et entière.




5. Le contenu d’enseignement de la philosophie

Les programmes sont assez explicites pour ce qui concerne le contenu de l’enseignement philosophique. Toutefois, quelques observations paraissent utiles et nécessaires.

Ainsi, il faut le rappeler, le programme de philosophie comporte une liste  de notions dont l’étude est déterminée par des problèmes philosophiques à l’initiative de chaque professeur. La liste des notions est présentée sous trois rubriques : « l’Homme et le monde », « la Connaissance et la raison »,  « la Pratique et les fins ». Il convient de préciser que ces  notions, pas plus que  les  associations de notions ne constituent obligatoirement, dans l’économie du cours élaboré par le professeur, des têtes de chapitres. Car l’idée de chapitre renvoie à un savoir déterminé, relativement autonome et clos sur lui-même. En philosophie, les notions ne correspondent pas à des parties séparables les unes des autres mais, au contraire, elles sont toutes étroitement liées et leur solidarité apparaît dans les problèmes qu’elles soulèvent.

Les notions des différents programmes sont accompagnées d’une liste de déterminations en termes de référentiels. Toute notion, on le sait, renvoie à un problème et il appartient au professeur de faire comprendre à l’élève le caractère profondément problématique de chaque notion. Le choix du problème doit tenir compte de la liste de déterminations. Quant à la formulation de ce problème, elle relève de la liberté du professeur. Ces éléments de repérages visent à permettre un meilleur ajustement du  cours par un contenu minimum exigible, objet d’une évaluation plus équitable.


Quant aux questions d’approfondissement au choix, elles correspondent chacune à un ensemble structuré de problèmes ancrés dans les traditions philosophiques, et qui participent du processus par lequel le monde contemporain prend conscience de lui-même et des interrogations qu’il suscite. Elles doivent permettre un approfondissement de la réflexion critique. C’est à partir de ces questions, que le professeur peut faire la démonstration qu’une culture philosophique permet non seulement d’apporter un « éclairage », parmi d’autres, sur tel ou tel type d’interrogation suscité par le monde contemporain, mais constitue une voie rationnelle sur laquelle il est possible d’aborder ces interrogations de façon « éclairée », c'est-à-dire en réduisant le poids des préjugés de toutes sortes.

La liste des questions ne prescrit aucun ordre de traitement, ni n’exclut que le cours s’organise, en partie ou en totalité, selon d’autres regroupements de problèmes. Aussi, est-il tout à fait concevable que telle ou telle de ces questions, qui définissent des directions d’approfondissement sans prescrire la substance de l’enseignement philosophique, ne donne pas lieu à un traitement thématique, mais plutôt soit prise en considération de façon différenciée à divers moments du travail pédagogique en  classe. Simplement, l’organisation du cours, qui relève de la liberté et de l’initiative du professeur, devra aussi manifester la spécificité de chacune des questions inscrites au programme et faire en sorte que l’apprentissage d’une réflexion philosophique autonome et critique permette à l’élève de s’orienter dans ces domaines de pensée.

La liste des auteurs détermine l’ensemble d’où pourraient être tirés les textes d’études et ceux proposés à l’écrit du baccalauréat.  L’étude de ces œuvres, dont le choix est laissé à l’appréciation du professeur, peut être conçue comme un approfondissement de telle ou telle partie du cours en rapport avec les notions et les questions figurant au programme.

Les divers éléments du programme (les notions accompagnées de référentiels, les questions d’approfondissement au choix, les auteurs, les  techniques de dissertation et de commentaire de texte philosophique) sont ainsi conçus comme définissant un cadre général à l’intérieur duquel le professeur possède l’entière liberté du choix des modalités de construction et d’organisation de son cours en fonction des besoins philosophiques de son enseignement. Cette liberté essentielle du professeur se trouve également réaffirmée et garantie par l’option consensuelle qui a été prise de donner des référentiels à la matière de l’enseignement philosophique. Autrement, cette structure n’invite nullement à faire  de ces différentes dimensions du programme autant de parties du cours requérant d’être traitées isolement. Ce principe qui montre l’unité du programme de philosophie doit aussi prévaloir pour la détermination des sujets d’examen.



[1] Selon Anatole De Monzie, dans les Instructions du 2 septembre 1925 de la France, l’enseignement de la philosophie rend un double service :
« D’une part, il permet aux jeunes gens de mieux saisir, par cet effort intellectuel d’un genre nouveau, la portée et la valeur des études mêmes, scientifiques et littéraires, qui les ont occupés jusque là, et d’en opérer en quelque sorte la synthèse. D’autre part, au moment où ils vont quitter le lycée pour entrer dans la vie, et, d’abord, se préparer par des études spéciales à des professions diverses, il est bon qu’ils soient armés d’une méthode de réflexion et de quelques principes généraux de vie intellectuelle et morale qui les soutiennent dans cette existence nouvelle, qui fassent d’eux des hommes de métier capables d’exercer le jugement éclairé et indépendant que requiert notre société démocratique ».
[2] Dabiré Louis, Guide pédagogique du professeur de philosophie, MESSRS/DIFPP, 1995.


[3]Document préparatoire de la 171ème session du conseil exécutif de l’UNESCO, printemps 2005, p.4.

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